François Carré

photo: Federica Carlet federicarlet.com

Prenez un quidam. Semez-le sous le soleil du sud-ouest, puis dépotez-le et arrosez-le abondamment dans le Nivernais pendant une quinzaine d'années.

Lorsqu'il est mûr ou qu'il croit l'être, laissez-le doucement frémir jusqu'à ce qu'il monte soudain à la capitale afin d'y étudier les sciences politiques.

Saupoudrez-le ensuite d'art dramatique pour qu'il devienne acteur. Faites-le mijoter jusqu'à ce qu'il se mette à écrire. Laissez-le mitonner quelques romans et, lorsqu'il est presque cuit, envoyez-le de l'autre côté de l'Atlantique.

Il continue à y écrire, mais en anglais. Après dix ans passés à New York, la cuisine de son enfance et sa langue maternelle finissent par tant lui manquer qu'il écrit, à nouveau en français, un livre de cuisine.

Mais comme il ne sait pas cuisiner, son livre de cuisine n'en est pas un: Mille-failles se compose de chroniques rassemblées autour du thème de la gastronomie pour mieux aborder celui des rapports sociaux.

Take someone, anyone, and plant him in the sunny southwest of France, then water him generously in rainy Burgundy for a decade and a half.

When he is ripened —or thinks he is— cook him until he boils over into Paris to study political science. Then stir in a few drama classes to spice him up and let him simmer in theatre until he starts to write.

After he stews three or four novels, swiftly toss him across the Atlantic Ocean where he continues writing, now in English. After you alternately freeze and roast him in New York for at least ten winters and as many summers, he ends up missing French cuisine so much that he writes a cookbook in French.

But he doesn't know how to cook, so his book isn't really a cookbook: Mille-failles uses the world of French cuisine to mirror our social behaviors. Its culinary metaphors illuminate the codes that govern our lives, and its "recipes" suggest exercises to foster a deeper understanding of oneself.